Philippe Scialom - Psychologue Psychothérapie - Psychologie - Psychanalyse - Psychomotricité Enseignement - Cours - Articles - Guidance - Informations - Aides Parents - Enfants - Ados - Etudiants
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1. Introduction à l'adolescence, avant-propos de "Psycho-Ados".

2. Pages suivantes :

Adolescence et image du corps - Textes et articles sur les thèmes suivants:

       - Anorexie et boulimie TEXTES et Clip vidéo

       - Adolescence normal et pathologique

       - Piercings et tatouages

       - Marques corporelles, scarifications

Introduction à l'adolescence - avant propos de "Psycho-Ados"

Pas facile d'être parents d'adolescents aujourd'hui ! L'éducation ne va plus de soi. Déjà difficile avant douze ans, elle devient parfois déroutante. Les attitudes parentales habituelles et bienveillantes ne sont plus efficaces. Pire, elles aggravent la situation et inversent les résultats souhaités !


L'intérêt porté à cette catégorie d'âge est récent. La motivation principale des parents, des médias et de la société, provient d'une forte inquiétude. Des pathologies spécifiques et graves sont de plus en plus souvent évoquées. Sont-elles inéluctables ? Peut-on prévenir la violence qui les accompagne, ou encore les menaces d'actes délictueux ou à risques ? Pourquoi sommes-nous plus portés à stigmatiser les adolescents, au lieu d'accueillir leur énergie et leur inventivité ? Par quel bout prendre cette force, qui représente en France près de 5 millions d'individus entre 13 et 18 ans ? Qui doit s'adapter à l'autre, l'autorité sociale ou la jeunesse ?


Les adultes sont face à une puissante culture adolescente qui pose de nouvelles questions. Avec ses codes, sa langue , son look, celle-ci est consommatrice de cybertechnologie, de sports de glisse et de défis. Les nouveaux risques du Je, ce titre annonce nos interrogations sur la construction de la personnalité des jeunes actuels. De Charybde en Scylla, le parcours initiatique des adolescents est-il semé de véritables périls ? Courent-ils plus de dangers qu'autrefois ? Face aux écueils, tous les adolescents sont-ils égaux ? Comment peut-on les aider ? Est-il possible de baliser le chemin des jeunes en évitant le laxisme, la rigidité ou l'intrusion ?
Jusqu'à présent, l'attention générale était davantage tournée vers l'enfance. Depuis peu, elle s'est déplacée au profit de l'adolescence. La durée de celle-ci s'est allongée en raccourcissant le temps de l'enfance : l'adolescence s'exprime de plus en plus tôt et en même temps, l'âge de quitter la « maison » est retardé .
Entre la naissance et onze ans, les soucis psychologiques se traitent surtout en fonction de la sphère familiale. Il s'agit la plupart du temps des troubles du sommeil, de la propreté, de l'alimentation, des comportements ou des apprentissages scolaires, qui se comprennent et se solutionnent dans ce cadre. Le domaine des adolescents, au contraire, dépasse l'espace intime pour s'étendre au champ social.


Qu'en est-il de la souffrance, dont les raisons se compliquent aussi du fait de cet élargissement des échanges ? Comme la plupart de mes collègues « psys », je constate une croissance exponentielle des demandes de nouveaux rendez-vous. Les institutions sont saturées et annoncent des délais d'attente préjudiciables. L'expression, la forme prise par la pathologie, a aussi évolué. Cette analyse empirique provient de mes observations et de mes échanges avec mes collègues. La douleur et les questions qui me sont présentées au quotidien par les adolescents et leurs parents sont retranscrites dans ce livre. Chacun jugera par lui-même si, comme à moi, ces demandes d'aide lui paraissent justifiées.


Les experts consultés par les instances publiques confirment ces constats cliniques. Faut-il s'alarmer, quand d'après l'Organisation Mondiale de la Santé, les troubles mentaux chez l'enfant devraient augmenter de 50% d'ici 2020, devenant sur le plan international l'une des cinq principales causes de morbidité des jeunes ? Cet accroissement est annoncé comme la crise du XXIème siècle . En France la proportion actuelle des enfants en souffrance psychique est située entre 12 à 15%. Sans dénier l'importance de ce pourcentage, nous pouvons d'ores et déjà atténuer certaines idées reçues : ces résultats indiquent aussi qu'une grande majorité d'enfants et d'adolescents (85 à 88%) sont bien dans leur peau et s'intègrent dans la société. Pour les autres, plusieurs explications peuvent être avancées.


La configuration familiale évolue en profondeur. À la suite des divorces, en nombre croissant, une faible proportion des enfants (un tiers) voit régulièrement l'autre parent. Les CDD du monde du travail semblent servir aussi à l'union des couples ! Face aux altérations des valeurs traditionnelles des attaches humaines, c'est la filiation qui demeure la seule permanente. L'homme et la femme adultes ne se définissent plus par les alliances du mariage, mais autour de l'enfant devenu leur colonne de soutien. L'éclatement de la structure familiale classique au profit de formes monoparentales accentue le rôle joué par chacun de ses membres. Vouloir être un bon parent ou un bon enfant génère tensions et anxiété, elles-mêmes nourries par cette proximité et l'absence de tiers. Plus le parent est seul, plus il a tendance à éviter l'affrontement et moins il pose les interdits. Depuis qu'il est interdit d'interdire (mai 68), l'enfant tyran (comprenez angoissé par le manque de limite) a rencontré peu de résistance. Il n'est pas nécessaire d'être seul avec un adolescent pour que les angoisses parentales engendrent la surprotection. Le refus de vieillir des parents ne laisse pas toujours de place à la nouvelle génération. Celle-ci est alors prise entre l'inhibition et la surenchère pour faire valoir son existence. Les adolescents sont aussi imprégnés par toutes sortes d'images qui dominent la communication actuelle . À cet âge, où le droit d'exister et l'image du corps sont au centre des préoccupations, il est légitime de se demander où passe le traitement psychique d'une telle violence chez nos jeunes ?


Il résulte de cette diversité de motifs, loin d'être exhaustifs, une mutation de la valeur et de la qualité du lien humain. Celui-ci est devenu plus fragile ou rare. Surinvesti, il accentue les difficultés habituelles qui accompagnent la rupture progressive de l'adolescent avec son enfance . Le deuil des relations infantiles doit être accompli par le jeune pour réussir son démarrage dans la vie et nouer avec maturité de bons et nouveaux liens sociaux, avec sa famille et les autres.


La préparation d'un départ réussi consiste à remanier l'attachement infantile. Il ne s'agit pas de le rompre, mais de le réarranger.

 

Les adolescents concernés par les nouveaux signaux d'alarmes dont nous parlons dans "PSYCHO-ADOS", présentent, selon moi, une pathologie du lien ou l'insuffisance de son réajustement. Leurs symptômes prennent les formes diverses des troubles alimentaires (anorexie, boulimie, obésité), des addictions (dépendances : relationnelle, au jeu, aux écrans, tabagique, à l'alcool ou aux drogues...), des conduites à risques (accidents de la route, fugue, errance, sexualité exposée) et des conduites asociales (incivilité, vandalisme, délinquance, violence). L'humeur dépressive qui les accompagne augmente le danger suicidaire. Elle se traduit en toile de fond par l'inhibition intellectuelle et les difficultés scolaires.

 

 

À partir d'un certain seuil, ces comportements constituent des maladies graves du point de vue médical. Pour le psychanalyste, plus intéressé par leur aspect dynamique, il s'agit de tentatives de guérison . Ces adolescents essayent d'aménager leurs attaches relationnelles à la vie. Mais leurs défenses sont ultimes et périlleuses. Ils ne disposent pas de moyens suffisants et variés pour se protéger. Ils endiguent ou contournent leurs angoisses. Ainsi, l'autonomie et l'identité de ces jeunes se noient dans leur ambivalence. Ils oscillent entre deux modes relationnels extrêmes : la rupture ou la fusion. Leurs symptômes les délivrent un instant du mal-être en choisissant l'issue du corps et du passage à l'acte. Cette voie économise l'effort de la pensée et de la parole , mais a un coût plus douloureux. Cette régression est un tremplin bénéfique pour la majorité des adolescents bien portants. Ceux-ci profitent de leurs transformations physiques pour s'affirmer et se différencier. L'engouement pour les tatouages et les piercings, le body-building ou le body-painting, l'importance de l'apparence, du look (coiffures, gels, labels, vêtements-signatures), suffisent pour illustrer l'insistance des adolescents à marquer leur corps, au risque d'y perdre leur propre identité.
Le domaine de la vie psychique pose un problème spécifique, en particulier avec les adolescents : comment distinguer ce qui est normal du pathologique ? Certains jeunes présentent des attitudes excessives et inquiétantes qui entrent dans le cadre des maladies précédemment citées. Pourtant, ils s'en dégageront vite et sans séquelles pour leur avenir. D'autres, en apparence sans problème comparable, passeront à l'acte suicidaire sans prévenir. Le tapage n'est donc pas proportionnel à la gravité. Cette difficulté n'est pas faite pour rassurer les parents ni les thérapeutes.

C'est pourquoi considérer l'adolescence comme une maladie normale, voire nécessaire et organisatrice, permet de l'envisager en y portant une attention active, mais sereine.
Ces champions du transformisme ont une fureur de vivre qui doit nous inspirer confiance. Ils nous agacent. Ils nous font peur. On les envie. Ils nous échappent. Ils nous envahissent. Qui sont-ils ? Inventifs, inquiétants, ils cherchent des vaccins symboliques dans une société qui ne leur offre plus assez de rituels. Les adolescents ont besoin de tous ces contrastes : haine/amour, enfant/adulte, amour/sexe, départ/fusion, rire/pleurs, bruit/silence, festin/jeûne, groupe/solitude, inhibition/exaltation, rationnel/foi, échec/réussite, vie/mort, débordement/vide. Ils rejettent pour s'approprier. Ils sont « désir », excès de corps, poussées pulsionnelles et agressives. À un certain moment c'est trop. Les adolescents le disent eux-mêmes. Le problème se situe alors au-delà d'une limite et bascule dans le trop agi du délinquant impulsif, trop plein de l'anorexique et trop vide du boulimique.


Quand faut-il s'inquiéter ou dire stop ? La plupart des drames de l'adolescence résultent d'une insuffisance de communication, d'écoute et de prévention. Si à la lecture de ce livre vous ne trouvez pas de recettes, soyez rassurés : elles n'existent pas ou consistent en généralités inapplicables au cas particulier ! Sinon tout le monde le saurait. Mon but est donc tout autre. Il est de vous amener à penser à votre propre adolescence et à celle de vos enfants devenus grands, à percevoir à quel point cette période récapitule la petite enfance et les liens transgénérationnels. À cet âge tout est possible. Le meilleur comme le pire dépendent de multiples facteurs pas toujours maîtrisables. Parfois, « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point . » L'adolescence est une grande leçon d'humilité pour les adultes. Nous devons accepter d'être un jour des idoles renversées, impuissantes à intervenir dans les choix de nos progénitures. Après tout, n'est-ce pas une éducation réussie quand nos adolescents arrivent à ne plus avoir besoin de nous pour prendre leur vie en main ?


Dans cet essai, les interrogations et les points que nous venons d'évoquer sont interprétés à travers mon filtre, mes émotions, mon expérience et celle transmise par mes pairs. Sans la confiance témoignée par les adolescents et les jeunes adultes qui se sont confiés au cours de leur psychothérapie, je n'aurais pas appris à quel point cette période de leur vie est fondamentale. Je les remercie aussi pour leur authenticité qui nous éclaire sur l'adolescence d'aujourd'hui. Grâce à eux, je présente des psychothérapies d'adolescents, menées du début à la fin. J'expose leurs questions et celles de leurs parents, mes réflexions et les enjeux de la relation thérapeutique. Les histoires de ces adolescents sont graves, les circonstances parfois extrêmes . Mais elles recouvrent la vie ordinaire de tous, qui à tout moment peut dévier et prendre la mauvaise route. Je ne prétends pas traiter la totalité d'un sujet aussi inépuisable et varié que l'âme humaine. J'ai voulu refléter une réalité. Les grands thèmes traités concernent les dangers adolescents. Ils sont complétés d'informations théoriques pour aider à leur compréhension. Enfin, chaque chapitre s'achève par des témoignages . Ces points de vue enrichissent notre regard sur leur vie. Ils bouleversent souvent les idées reçues.

Ph. S.

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